[stag_toggle style=”normal” title=”Détails de la pièce” state=”closed”]Couche de baptême du prince Carol
Auteur : Reine Elizabeth, 1894
Dentelle frivolité, dentelle aux fuseaux; soie, coton, crochet; macramé
Dimensions : 74 x 76 cm[/stag_toggle]
La reine Elizabeth, première souveraine de Roumanie, est connue et appréciée pour sa riche activité littéraire et culturelle. Mécène des arts, elle pratique et cultive le travail manuel, notamment la confection de la dentelle frivolité, une passion découverte et chérie jusqu'à l'âge adulte. La reine élève la technique, appelée frivolité, au rang d'art. Il consacra de nombreuses heures à ses précieuses dentelles, comme le mentionne Zoe Cămărăşescu, fille de la demoiselle d'honneur Zoe Bengescu, dans le livre "Souvenirs", décrivant une soirée de musique au château: "Les auditions wagnériennes avaient lieu l'après-midi, vers le soir. […] Les grandes lumières s'éteignaient. Seule la reine gardait une petite lampe sous laquelle elle continuait à travailler sa dentelle, allongée sur la chaise longue, travaillant sans relâche. Dans un silence presque religieux, les premiers accords ont retenti, d'un instrument que nous appelions autrefois un piano, mais sous les mains d'Enescu, cela est devenu tout autre chose."
Cinq dentelles réalisées par la reine Elizabeth, entre 1893 et 1916, sont conservées dans le patrimoine du musée, considérées comme de véritables œuvres d'art.
La dentelle frivolité diffère de la dentelle habituelle, travaillée au crochet ou à l'aiguille, par son exécution et l'outil utilisé, la suveica. La technique a été développée pour imiter le point dentelle. Les pièces les plus élaborées sont réalisées avec deux voire trois points. Leurs dessins ont des lignes arrondies et sont principalement composés de nœuds.
Le plus précieux et le plus apprécié des lacets de la reine Elizabeth est la couche de baptême du prince Carol, qui deviendra, en 1930, le roi Carol II. La pièce a été réalisée entre 1893-1894, signée et datée « CS 1894 ». Présentée à l'Exposition universelle de Paris en 1900, elle reçut la Médaille d'Or, pour la beauté et la finesse avec laquelle elle fut exécutée. La couche est réalisée presque entièrement en soie naturelle blanche, selon la technique de la frivolité, étant l'article le plus détaillé de la catégorie dentelle de la reine.
De forme carrée, ils représentent des inscriptions en langue roumaine, ainsi que des emblèmes-qualités que le bébé devrait posséder au cours de sa vie. Dans le médaillon central, on peut lire l'inscription « nani nai bobocelule » ; dans le registre, en majuscules, « CS » (Carmen Sylva, surnom de la reine Elisabeta), « NABPTE BONA BABY » (bonne nuit, bébé) ; et sur la bordure, les mots « belle, généreuse, sage, frugale, vaillante, vive et industrieuse ». Dans les coins de la couche apparaissent quatre anges, que l'on retrouve dans un quatrain britannique : "Quatre coins de mon lit,/ Quatre anges autour de ma tête,/ Un pour veiller et un pour prier,/ Et deux pour porter mon âme loin." (Le lit a quatre coins, / Quatre anges tout autour, / Un pour veiller, un autre pour prier, / Deux pour emporter mon âme.)
La couche baptismale fut publiée dans le livre « L'Art du Frivolité », écrit par Lady Katharin Hoare, amie de la souveraine, et publié en 1910 par Longmans, Green & Co., à Londres. L'introduction de l'ouvrage, signée de la reine Élisabeth, constitue un message et une exhortation à toutes les dames passionnées et désireuses d'apprendre cet artisanat qui lui est si cher. Aux yeux de la souveraine, travailler au fuseau est une thérapie, l'aiguille ou le fuseau agissant comme un ami, mais aussi un moment d'introspection, comme elle le confessera : « Que de soucis et de troubles, que d'angoisses et de tristesses profondes (sont tissés) dans le travail silencieux d'une femme (…) Nombreux sont ceux qui diraient : Quelle chance que ma dentelle ne puisse pas parler. Comme ce serait merveilleux si elle élevait la voix et révélait ses pensées (…) Le point cache ici une larme, là un soupir, ou un mot refoulé, qui, s'il avait été prononcé, aurait blessé… ».